14.01.2008
Derniers commentaires : 14.01.2008 / 22h41 C'est courageux de choisir d'étudier les centres d... voir

LES CENTRES DE RETENTION

Vidéo Interview de Nicolas Fischer. Coûts exorbitants, les centres de rétention sont devenus des outils de contrôle de la population sans papiers. Le chercheur dénonce la prostitution qui y fait des ravages.

Nicolas Fischer est LE spécialiste français des centres de rétention. Il est post-doctorant à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), et il est l'un des seuls qui ont pu enquêter derrière les murs. Là, où les journalistes ne vont jamais. Dans un entretien à StreetReporters, il dénonce notamment le fléau dont personne ne parle : la prostitution qui fait des ravages dans ces espaces clos.

1. LA GESTION DES CENTRES DE RETENTION EPINGlée par la cour des comptes.

« C’est incroyablement coûteux ! la cour des comptes a épinglé le ministère de l’intérieur sur la gestion des centres de rétention. Mais en fait, la plupart du temps, les centres servent à autre chose : à contrôler la population des sans papiers »

« Ils ne servent en tout cas pas à remplir leur fonction d’expulsion des sans papiers, puisque seule 1 personne internée sur 2 dans un centre est véritablement expulsée ».

2. La Prostitution dans les centres de rétention: le tabou
Dans un article intitulé «entre urgence et contrôle», Nicolas Fischer explique que «la présence des femmes engendre une nouvelle forme de risque qu’aucun dispositif technique ni aucune procédure organisée ne sont à même de gérer au centre». Et il rapporte le dialogue suivant qu'il a noté, en 2005, entre un responsable de la CIMADE et la gestionnaire d'un centre dont il préfère qu'on taise le nom :

-    G:«[…] Alors, les gendarmes, ils nous disent «mais non, c’est pas possible, on les surveille tout le temps».
-    C: Mais elles font ça où?
-    G: Ça, je sais pas… mais en tout cas elles le font… tu sais la Rousse là, celle dont je te parlais, elle y va direct hein… elle va voir les mecs, bien arrangée tout, comme ça… […] mais quand elle est venue chercher des préservatifs l’autre jour, je lui ai dit : «Vous savez, la prostitution est interdite au centre». Elle m’a regardé, elle a fait [geste coquet] «Oui oui…». Laisse tomber…».

«En l’absence de tout isolement entre hommes et femmes, la vigilance « renforcée » des gendarmes lors des fouilles, où dans leur surveillance quotidienne, ne leur suffit plus à conserver le contrôle que leur conférait initialement leur quadrillage de l’espace, ajoute Fischer. L’individualisation et la sérialisation des individus au moment de leur admission fait ici place au mélange incontrôlé des corps, tarifé et peut-être forcé ».

Et de citer un deuxième dialogue pris sur le vif :
«Là-dessus [le chef de centre] il veut rien savoir, je lui en ai reparlé, l’autre jour, mais, heuh, comment il dit déjà… ah oui, il dit,

« Vous fantasmez », c’est ça, « Vous fantasmez ». Pour lui y’a rien, y’a pas de problème… […] Mais en même temps, un jour on va avoir un problème… Soit, des rapports, heu, contraints, soit des proxénètes quoi, tu vois, pas forcément le même proxénète qu’à l’extérieur, mais un type, qui mettra les filles en coupe réglée… C’est pas possible que ça arrive pas un jour, ça… Il va y avoir une grosse connerie, un de ces jours…»

M. Fischer explique cet aveuglement par la nature même du système : «les pratiques incriminées, cantonnées aux bâtiments d’habitation – c'est-à-dire à l’espace de la «zone retenus» le moins directement contrôlé – peuvent se déployer au cœur du centre sans être repérées, précisément parce qu’elles n’affectent pas visiblement le fonctionnement ordinaire du centre. La prostitution est, en l’occurrence, régulièrement évoquée lors des pauses au local gestion : si les différents intervenants notent effectivement la récurrence de la pratique, ils indiquent également combien cette dernière se dérobe à toute visibilité qui permettrait de l’attester auprès des gendarmes. (...) L’organisation générale du centre et son agencement matériel restent donc en place, mais l’absence de séparation entre hommes et femmes y fait surgir des angles morts : jamais totalement admises par les retenues, les pratiques de prostitution peuvent se développer à la faveur de l’organisation du centre, tout en restant indétectées par les gendarmes. Les intervenants du local «Gestion» ne disposent eux-mêmes d’aucune preuve tangible des phénomènes de prostitution, mis à part les propos qu’ils rapportent, et l’importante «consommation» des préservatifs proposés gratuitement au sein du local».

3. UNE LOGIQUE QUI VEUT QU’ON CONSTRUISE TOUJOURS PLUS DE CENTRES DE RETENTION

« On quadrille les quartiers à majorité étrangère, on arrête à très grande échelle, et on enferme à très grande échelle ».

« Du coup, depuis 2 à 3 ans, le parc immobilier (des centres de rétention) est en train d’exploser ».

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14.01.2008 / 22h41


C'est courageux de choisir d'étudier les centres de rétention. la plupart des gens s'esn foutent. Mais ca nous concerne.

14.01.2008 / 13h25


je comprends pas: qui se prostitue ? et qui est le client ? D'autres membres du centre ? des gens à l'extérieur ?


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